Le Visage du désir

Publié le par ANTONIO MANUEL

Ce qui m’émeut par-dessus tout c’est le visage du désir. Le visage qu’il adopte lorsqu’il se substitue aux traits de David. Il bouleverse surtout ses yeux, ses yeux et sa bouche. Je le revois distinctement les yeux mi-clos et la bouche entrouverte. Je le revois et songe au Sommeil d’Endymion dont la beauté n’est rien comparée à la tienne, David, que le désir assaille.

Dans ce club privé confiné aux frontières de la ville, une nuit, tu avais reconnu un garçon de ton village. Un couple l’accompagnait. Un homme et une femme d’une trentaine d’années. Dès que je t’avais fait part de la curiosité déployée à notre égard par cette femme, de l’intérêt qu’elle avait un instant semblé nous porter, attirant l’attention du garçon de ton village sur nous, tu t’abîmas dans une sombre réflexion de laquelle tu sortis triste et découragé. Certes, je pouvais comprendre les motifs de ce brusque changement d’humeur mais tu te bornas à le justifier par des vertiges et des maux de tête probablement dus aux Pall Mall dont tu n’avais pas usé avec modération. Je te proposai de sortir, de marcher un peu. Tu acquiesças. Qu’avais-je à t’offrir comme remède ? Face au désarroi dont tu faisais preuve, je tentai de réduire la distance entre ton corps et le mien et te serrai fébrilement contre moi. J’avais l’impression d’étreindre un enfant, un enfant dont les vingt ans d’existence n’avaient pas réussi à altérer la fragilité. Je te sentais démuni et m’efforçais de t’apparaître fort.

C’était la première fois qu’il m’était donné d’exprimer mes sentiments librement envers un garçon avec qui j’entretenais une relation amoureuse.

David, c’était, et c’est encore aujourd’hui, la pureté même. Tes yeux David…L’indigence de mes mots ne me permet pas d’en dire la clarté, ne me permet pas d’en révéler l’azur, ni la douceur, ni la candeur.

David, c’était le soir que je le rencontrais le plus fréquemment, bien après le crépuscule. C’était l’été. Les terrasses des bars charriaient leur lot annuel de touristes qui rendaient les habitués plus diserts et distrayaient les familles à la veille de leur départ en vacances. Il était très ponctuel et moi toujours en avance. Il arrivait la mine préoccupée et ne se détendait qu’une fois installé à la table où je l’attendais depuis quelques minutes. Attente suffisamment longue pour m’autoriser les élucubrations les plus insensées. L’échange de paroles rituelles terminé, je l’observais à la dérobée tentant de découvrir dans sa physionomie le signe imperceptible par lequel me serait dévoilé le début des hostilités qui précèdent la rupture. Mon investigation généralement infructueuse, l’inquiétude me tenait en état d’alerte jusqu’à ce qu’une phrase quelconque trahissant l’affection qu’il me portait fût venue la dissiper. Alors, je commençais à respirer et m’abandonnais progressivement au plaisir d’être ensemble. J’aurais aimé lui prendre la main, déposer un baiser furtif sur ses lèvres, lui caresser la joue. La crainte des réactions de nos voisins qui ne manqueraient sans doute pas de se montrer offusqués par des manifestations d’une telle indécence avortait tout geste tendre. Parfois, lorsque nous n’allions pas en boîte, nous passions la soirée dans un pub que nous savions être fréquenté presqu’exclusivement par des homosexuels. Là au moins nous jouissions d’une plus grande liberté. Seulement, l’accroissement du sentiment de ségrégation que nous éprouvions alors altérait la sensation de liberté que nous étions venus y glaner.

 

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J
<br /> bonsoir<br /> Vous avez raison d apprécier les écrits d 'Antonio son roman "par Amour"que j'ailu, vous ne regrèterer pas votre achat je vous le recommande et vous apprécierez encore plus Antonio Manuel.Son<br /> courage a lutter contre sa maladie.<br /> Il mérite vraiment que l'on s'interesse a son roman et ne peut que l'encourager a continuer.<br /> Bonne soirée<br /> Jeannette<br /> <br /> <br />
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J
<br /> je commence à peine a découvrir tes lignes et j'ai qu'une seule envie c'est de ne pas m'arreter.<br /> continue a faire ce que tu fais<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Bonjour Joao,<br /> Ton commentaire me va droit au coeur.<br /> j'espère que tu sais que tu peux te procurer mon dernier roman inédit en te rendant sur le site qui lui est consacré: http://sites.google.com/site/leslivresdantoniomanuel/Home<br /> je te le dédicacerai personnellement avec plaisir.<br /> A très bientôt,<br /> Antonio MANUEL.<br /> <br /> <br />
D
<br /> Bonsoir Antonio !<br /> Quelle heureuse surprise de te lire à nouveau ici ! Tes fidèles lecteurs sont encore au rendez-vous et nous avons hate de découvrir d'autres récits.<br /> A bientôt !<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Antonio<br /> <br /> quel plaisir de te retrouver sur ton blog apres tout ce temps et tes textes toujours aussi beaux, continue pour tes amis et lecteurs qui t apprécie.<br /> Je suis impatiente de lire la suite.<br /> Je t embrasse<br /> Jeannette<br /> <br /> <br />
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