Le Visage du désir 1

Publié le par ANTONIO MANUEL

David, c’était l’acuité de l’absence. Elle entravait mon corps. Elle était dense. Elle était lente et pourtant prompte à m’envahir. Elle surgissait derrière sa voix, sitôt éteinte au bout du fil. Elle précédait même son départ. Elle était là, partout, toujours, aux frontières même de la séparation. Elle gagnait mon cœur en rampant et l’étreignait dans ses arceaux. Seule sa présence pouvait l’atteindre et la faire cesser d’exister. Mais il fallait bien qu’il me quitte et je vivais dans l’affolement, la dispersion de son absence, tâchant de m’occuper sans trêve ou livrant mon corps au soleil pour me dispenser de penser.

Nous partagions la même angoisse, celle de devoir nous séparer. J’aimais son rire, j’aimais sa voix. Il était l’énigme de l’Autre qu’on désespère de vaincre un jour. Ce mystère là qui nous intrigue et nous obsède jusqu’à l’amour. J’avais confiance en mon désir pour parvenir à le cerner. Quand des baisers il se levait, quand je le sentais sourdre en moi, j’avais à chaque fois l’impression que j’allais enfin l’élucider. Je me réveillais égaré mais plus amoureux que jamais. Il me hantait, j’étais capable, capable pour lui de m’immoler.

 

Autour de David s’éparpillaient quelques figures. Il y avait Cathy tout d’abord. Cathy qui voulait tout comprendre et s’enlisait parfois. A trois, nous formions un triangle. Elle était seule et malheureuse et m’expliquait sa solitude. Elle m’écoutait aussi, souvent, lui parler de tous mes amants. Elle aimait les détails futiles, ceux qui révèlent un caractère. D’une phrase, elle anéantissait l’un des garçons que j’avais fréquentés, d’une autre, elle encensait untel dont certains traits l’avaient touchée. David devint son préféré après avoir été condamné. Elle affectionnait sa douceur. Avec lui, elle se sentait mère, mère de deux enfants avec moi. Elle nous appelait ses deux hommes et pleurait quand nous n’étions pas là.

Ensuite, il y avait Marie-Pierre. Trente-cinq ans, un mari, un amant. Elle m’assurait ne pas saisir l’amour que m’inspiraient les hommes. Elle se montrait irréductible en déclarant sans sourciller que seule une femme peut aider l’homme à découvrir sa vérité. Cartésienne et athée dans ses paroles et dans ses gestes, sur l’amour elle tenait un discours qui aurait charmé le clergé.

Isabelle, quant à elle, jouait les grands soleils aux éclipses fréquentes. De ses yeux, de ses mots, elle m’inondait soudain d’une lumière étrange. Son esprit se refusait à prendre les chemins tout tracés par morales et convenances et m’emportait bien vite au-delà des ornières. Elle posait un regard différent sur le monde. Si je n’en étais surpris, j’en étais exalté.

 

Et puis il y avait David. David aux yeux couleur de ciel. David aux gestes fous. David aux sourires pleins d’oubli. David et ses bouderies éclairs. Il y avait David et l’amour et sa trame. J’aimerais en parler avec cette démarche particulière aux félins. Sans m’attarder ou alors sans peser. La voix souple, sans rien déplacer, à pas feutrés. Je voudrais vous laisser voir…  

 

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P
<br /> Je suis heureux d'avoir acheté "Par amour" car ce nouveau roman que tu es en train de mettre en ligne me semble aussi prometteur que le précédent et je suis fier de compter parmi les premiers<br /> lecteurs à avoir décelé le véritable écrivain en toi.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Bonjour Antonio,<br /> Tes récits me boulverse toujours autant de découvrir ton parcour de vie amoureuse et amicales.Je me rends compte de la chance que j ai de t avoir rencontrer et te remercie de cette Amitié que nous<br /> partageons Je te souhaite une belle journée<br /> Je t embrasse tendrement<br /> Jeannette<br /> <br /> <br />
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