ANALYSE D'UNE CITATION DE COCTEAU PROPOSEE EN DISSERTATION

Publié le par ANTONIO MANUEL

Besoin d'aide
Marine
J'ai vu sur un site internet que vous aidiez les élèves de lycée pour leurs problèmes de rédaction en français, et justement j'aurais besoin d'aide.

Je travaille actuellement sur un sujet de dissertation, dans lequel, je dois commenter la citation suivante de Jean Cocteau
" La rôle de la poésie, est de dévoiler, de montrer nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.
Inutile de chercher au loin des objets et des sentiments bizarres pour surprendre le dormeur éveillé ( ... ) Il s'agit de lui montrer ce sur quoi son coeur, son oeil glissent chaque jour sous un angle et avec une vitesse tels qu'il lui parait le voir et s'en émouvoir pour la première fois"



Tout d'abord, j'ai déjà réfléchi à mon introduction et j'ai pensé parler rapidement de Baudelaire qui est considéré comme le premier poète de la modernité.

Pour mon plan, mon professeur, m'a mis sur la piste en écrivant, "vous commenterez le jugement de Cocteau sur la poésie en montrant comment la réalité moderne inspire le poète et comment il la transfigure".
Grâce à cela, j'ai pensé utiliser le plan analytique,
I. Comment la réalité inspire le poète ?
II. Comment il la transfigure ?
III. Commentaire personnel sur la poésie moderne.

Pourtant j'ai du mal à cerner totalement le sujet et je me demande ce qu'il est possible de mettre dans mes axes pour ne pas m'éloigner de la citation de Jean Cocteau et faire du hors sujet.

Si vous pouviez m'aider, je vous serais très reconnaissante.

 

 

 

 

Bonjour Marine,


Il me semble que tu te heurtes à un problème de méthodologie dans l’approche du sujet. Tu avoues avoir commencé par réfléchir à l’introduction alors qu’il est recommandé de rédiger l’introduction et la conclusion en dernier lieu.

La première étape du travail consiste à analyser le sujet dans la précision de sa formulation afin d’en mettre en évidence les mots clés.


Cocteau donne ici une définition de la poésie : on relève le mot « rôle » qui équivaut à fonction. Il précise quelle est, selon lui, la fonction de la poésie.

Pour lui elle réside dans un acte de « dévoilement : montrer nues ». 

Pour ce faire, un éclairage particulier est indispensable : « une lumière qui secoue la torpeur ».


Cocteau remet en question notre vision du monde qui est une forme de cécité : nous ne savons plus voir. Le rôle de la poésie est donc de  rendre visible le réel qui nous environne sans que nous lui accordions l’attention méritée.

La poésie aide à passer du « machinal » à la surprise du nouveau. Le poète est celui qui a pour mission de nous permettre de retrouver le regard innocent de notre enfance afin que la  réalité conserve son fascinant pouvoir d’enchantement.


La seconde partie de la citation de Cocteau insiste sur le fait qu’il n’y a pas à proprement parler de sujet qui soit plus poétique qu’un autre. « Au loin » évoque à la fois une poésie friande d’exotisme (éloignement géographique d’îles tropicales) ou encore amatrice de dépaysement temporel (redécouverte de l’antiquité, du Moyen-Âge).

Il s’agit avant tout de surprendre, de renouveler la vision que nous pouvons avoir de la réalité. Non d’intercaler entre cette réalité de notre quotidien et nous l’écran d’un monde autre, mais de faire en sorte que la spécificité du réel dans la splendeur de sa nouveauté nous saute aux yeux. Et c’est en cela que réside la fonction de la poésie : arracher le dormeur qui passe devant la beauté du monde sans la voir à sa somnolence et lui restituer sa clairvoyance afin qu’il soit lui aussi témoin de la magie blottie au cœur de la réalité.


La poésie a recours pour effectuer cette transformation du comportement du « dormeur éveillé » à des outils qui lui sont propres et appartiennent à l’art d’utiliser la langue de façon à créer une parole entièrement originale et inédite. Elle va opérer un changement de point de vue (changement de l’angle de vue), c'est-à-dire donner à voir le monde depuis la sensibilité du poète qui n’est pas celle du commun des mortels et dans le flux du mouvement d’une vitalité, celle du monde moderne en pleine mutation, telle que ce dernier va devenir visible et capable d’ « émouvoir » le passant qui est ici, en l’occurrence, le lecteur du poème de Cocteau. Se rappeler qu « émouvoir » étymologiquement signifie « être mis en mouvement », bouleverser par une réalité qui modifie celui que l’on est.


« Pour la première fois » évoque l’idée d’une naissance à la poéticité du monde : le poète en tant que créateur invente un rapport au monde qu’il offre au lecteur comme un viatique destiné à lui ouvrir les portes de l’inconnu qui réside en chacun de nous.


 

Je te conseille de réfléchir aux citations suivantes afin d’illustrer et d’argumenter ta démonstration :

 

«  La poésie n’est pas dans les choses, autrement tout le monde l’y découvrirait aisément, (…) Il n’existe pas non plus, par conséquent, de choses ni de mots plus poétiques les uns que les autres, mais toutes choses peuvent devenir à l’aide des mots poésie, quand le poète parvient à mettre son empreinte dessus. » Pierre Reverdy, « Circonstances de la poésie », 1946.

 

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité est non pas, je le répète, d’invoquer, mais d’inspirer. » Paul Eluard, L’Evidence poétique, 1937.

 

« Qu’est-ce qu’un poète, si ce n’est un traducteur, un déchiffreur ? » Baudelaire, « Sur V. Hugo ».

 

« La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la vérité pour objet, elle n’a qu’elle-même…C’est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique, que l’âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau. » Baudelaire, « Notes nouvelles sur Poë ».

 

« Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or, c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point. » André Breton, Second Manifeste du surréalisme (1929).

 

Voilà Marine l’aide provisoire que je peux t’apporter.

En ce qui concerne ton plan, je t’invite à le revoir car je ne pense pas que tu aies suffisamment de matière pour soutenir la troisième partie. D’ailleurs, les consignes du sujet ne t’invitent pas à discuter le point de vue de Cocteau sur la poésie mais bien plutôt à l’expliciter, le développer, l’illustrer, éventuellement à le nuancer.


Pour ce qui est de la première partie, je comprends mal l’emploi du mot  «  Comment ». La question devrait porter sur le poète non sur la réalité car l’importance est dans le regard du poète qui transfigure le monde non dans la chose regardée.


Souviens-toi que pour Cocteau la poésie est un moyen de percevoir le merveilleux dans le quotidien car les mots ont le pouvoir magique de métamorphoser le monde.

 

Je reste à ta disposition pour d’autres questions éventuelles ou encore pour une lecture corrigée de ta dissertation rédigée.

 

Antonio MANUEL.

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J
<br /> Bonsoir Antonio<br /> Je te reconnais bien là avec ta générosité, ton talent et ta connaissance dans tout ce qui touche à la littérature et à la poésie en tant que prof de lettre moderne.Ces élèves ont de la chance que<br /> tu leur consacrent de ton temps libre.<br /> Bonne soirée Antonio un gros bisous<br /> Jeannette<br /> <br /> <br />
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