MON DERNIER RECIT 36 ( EXTRAIT )

Publié le par ANTONIO MANUEL

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C' est ainsi je crois qu'il faut vivre : ailleurs, loin, absent.Dans la solitude apaisée du silence. Dans l'amour de ce silence où j'assiste à la naissance de l'aimé. Quelques lignes, quelques mots pour le faire exister. Rêver, fermer les yeux pour qu'en moi le miracle s'accomplisse de le laisser être tel qu'il ne sera jamais. Le laisser m'envahir, m'investir, circonvenir toute la rigueur de ma vacuité. Pour qu'il m'aime encore comme autrefois j'aimais si fort.

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Ouvrir les yeux et accepter d'être aveuglé par la lumière du jour incandescent qui jette sur le réel la salissure d'un lendemain de fête. Admettre ma déraison, l'égarement de ma conscience, la solitude de l'écriture et le blanc des murs, dans la hâte et l'avarice, habillés de chaux.

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M'enfermer dans cette pièce où je ne suis pas. Renoncer à ce rêve si précautionneusement bercé jusqu'à présent. Ne plus souffrir de n'être rien. D' exister seul et sans amour. Oublier qu'un jour il m' a écrit. L'oublier. L'amour aussi s'oublie et tous ceux-là que l'on a cru aimer.

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Et s'il venait à disparaître, à me manquer ? Si par malheur j'avais tout gâché de cette idylle qu'il me suggérée ingénument ?

J'ai toujours été capricieux, impatient. Mais si ces pas que j'entends étaient les siens ?

N'ai-je pas le devoir de lui laisser le temps de m'approcher ?

Il m'a bien fallu les longs jours d'une gestation pour que se déploient les ailes de la chrysalide que je croyais morte pétrifiée, au fond de moi, comme une fleur fanée.

Il doit donc pouvoir  lui aussi inventer notre histoire.

Pour aimer sans être la dupe de soi-même, il est nécessaire d'être deux. Ce sera donc un récit à deux voix. Sa voix et ma voix mêlées. : la beauté de son exubérance d'exister et mon audace d'essayer.

J'y croirai tellement fort qu'il ne pourra faire autrement qu'être le partenaire de ma vie ressuscitée par le charme et le mystère de sa voix assoupie dans tous ses livres clos. Mais ouverts tant de fois pour l'entendre et voir le monde à travers son regard posé comme celui d'un enfant émerveillé de découvrir un pays étranger.

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L'évocation de cette tragédie, de ce deuil amoureux, je les lui offre en hommage à la force d'aimer. En témoignage de l'impensable tourment, de la détresse incommensurable de qui se voit désuni de l'autre aimé.

Cette oblation suffira-t-elle à l'émouvoir ? Le néant de ma vie sans lui n'est-il pas assez signifiant ?

Je peux apprendre à voler s'il le veut. Être l'oiseau que vous apercevez au creux du ciel, lançant son douloureux appel à celui qu'il aime.

Je pourrais mourir aussi. Mourir aussi, comme elle, comme tant d'autres avant moi. Mais comment pourra-t-il aimer un mort ? S'inclinera-t-il, désemparé, sur mon corps décharné que la vie a quitté ?

Pourquoi mon cœur me contraint-il toujours à imaginer le pire ? Mais qui sait si abandonner ce monde est le plus grand des châtiments ? La cause ennoblit-elle notre départ ? Le fait d'exister mérite-t-il qu'on lui sacrifie sa vie ?

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T
mille biz de cousine lyly. lu tes écrits.<br /> coucou a ta maman. tiens bon.et cerpé diem<br /> Jespère lire le prochain. je l ai commender.
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R
je découvre tous tes extraits d'un coup et j'en ai plein les yeux, plein le coeur et plein et l'émotion et je ne me lasses jamais de lire cette écriture si poétique et si belle ! je t'embrassse tendrement
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J
BONJOUR ANTONIO<br /> <br /> L'amour c est aussi accepter la souffrance qui souvent accompagne l'être aimer ses gestes d'amour qui ne vienne pas ou pas assez vite,nous sommes tous dans cette attente du merveilleux du sublime.Je te souhaite une bonne journée Antonio et t'embrasse tendrement Jeannette
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