MON DERNIER RECIT 35 ( EXTRAIT )

Publié le par ANTONIO MANUEL

A ma sortie de l'hôpital, je ne pesais plus que cinquante et un kilos. Les restrictions alimentaires, nécessitées par les deux coloscopies en l'espace de douze jours, et leur préparation drastique respective, m'avaient fait perdre deux kilos.
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J'étais alimenté exclusivement par un mélange nutritif complet, sous la forme d'une poudre à diluer dans l'eau, prescrit par ma gastroentérologue, destiné aux patients atteints de la maladie de crohn. Cette alimentation substitutive me permit de reprendre quelques kilos puisque je devais en boire, au minimum, l'équivalent de deux mille calories par jour. Une partie de ces calories avait pour rôle de cicatriser les plaies de mon intestin. Je me sentais alors réconcilié avec moi-même, serein.
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La diminution des doses de cortisone occasionna une récidive des symptômes de la maladie. Les doses furent par conséquent maintenues à un dosage qui, un régime sans résidu ayant succédé à la nutrition orale par le mélange spécifique provisoire, commença par m'affamer puis me fit basculer de nouveau dans la boulimie.
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Durant une semaine, comme hypnotisé par une faim inextinguible, obsédé par sa satisfaction, j'alternais, jusqu'à trois ou quatre fois par jour, l'hyperalimentation et les régurgitations successives. Ca ne pouvait continuer de la sorte, si bien que je décidai de pratiquer un jeûne d'une journée qui stoppa les crises. Malheureusement, la reprise du régime sans résidu le lendemain balaya la rémission de vingt-quatre heures.  Las, je m'astreignis à un nouveau jeûne de plusieurs jours au terme desquels je retrouvai mes habitudes destructrices passées.
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Je n'étais pas sans ignorer, et ma sœur se chargeait de me le rappeler, que c'était justement cette anarchie alimentaire et médicamenteuse qui avait contraint ma gastroentérologue à m'hospitaliser, face à une inflammation record, allié à une sérieuse anémie et un état de dénutrition avancé.

Je suis là néanmoins, dans la nuit précédant l'aube, à pianoter sur mon clavier dans l'espoir paradoxal que tout cela va prendre fin bientôt. Espoir absurde qu'en me privant d'une nourriture saine et adaptée à ma maladie, en multipliant les anxiolytiques, les somnifères et les antidépresseurs, abusant du thé et du café, de la vitamine c, des stimulants, j'atteindrai un objectif indéfini, un épanouissement de mon être qui doit inévitablement passer par cette épreuve initiatique, cette ascèse qui ignore toute logique cartésienne. Traverser une mer/e démontée, lutter en vain contre les flots déchaînés et l'écume bouillonnante, périr noyé et rejoindre au fond, tout au fond des eaux, le silence apaisé, à peine troublé par le rythme des courants profonds.
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R
c 'est toujours avec émotion et pudeur que je te retrouve toi l'ami qui est la pour moi et je t'en remercie ! merci pour ces textes sur ton quotidien qui subliment tes maux à travers ces mots que tu sais si bien les faire vivre et transcender ! je t'embrasse tendrement
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J
BONJOUR ANTONIO<br /> Je souhaite que cette journée sois pour toi ensoleillée et sereine et que tu écrives tes si beaux textes comme tu sais si bien le faire et que nous lisons avec beaucoup d'émotion .Je t'embrasse très affectueusement Jeannette
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