MON DERNIER RECIT 34 ( EXTRAIT )

Publié le par ANTONIO MANUEL

Tout m'est égal. Je suis heureux. Que l'on me laisse me bercer de doux songes. Manger. Ne pas manger. Dormir ou bien veiller des nuits entières. Ecrire. Que l'on me laisse écrire le bonheur inventé qu'il me reste.

Je ne savais plus. J'ignorais que cela pût advenir. Il me semblait que l'amour provoquait la fin du rêve de l'écriture. Un amour heureux, cela ne se raconte pas. D'ailleurs qu'en dire ? Dois-je reconnaître que la passion qui m'anime est singulière ?

Il est vrai que je ne suis pas un amoureux ordinaire. ( ... )

Non, mon amour ne me manque pas. Il est en moi, saturé de plus d'informations sur celui que j'aime que jamais aucune confidence d'aucun de mes anciens amants ne fut plus exhaustive.


Quel qu'il soit, son existence et son absence rendent possible l'écriture de ce texte. Il est pour lui. Il est à lui. Don modeste et respectueux que j'adresse, à travers les frontières des jours et des heures, des régions, des pays peut-être, à l'être qui soudain, merveilleusement, a su enchanter ma vie. Qui pourrait se prévaloir d'avoir si intimement flirté avec la mort et de ne s'être jamais retourné pour qu'enfin, guidé par la main de l'aimé dans les obscurs souterrains de l'Hadès, il surgisse à la lumière d'une aube éblouissante ? Voilà ce qu'il m'arrive. Une renaissance. Le pouvoir d'avoir conservé en moi suffisamment d'espoir et de certitude, d'amour, de sorte que du plâtre des cendres blanches, je me relève un peu plus aguerri. Heureux. Amoureux. Je suis incapable d'accorder à l'amour la primauté sur le bonheur ou inversement. La joie de vivre a puisé sa raison d'être dans la subtile jouissance d'aimer. Dans une parfaite simultanéité. Jouissance et joie mêlées.

( ... )

Mais qu'il est doux de vivre au rythme du silence fécond de l'écriture. C'est elle qui m'a conduit à lui. C'est elle qui diapre mon approche des mille feux de ses atours.  Je lui confie l'essence même de mon être ici et maintenant. Le jeu consiste alors à ne pas prendre le risque de trahir le moi. Rester fidèle au « je ».

( ... )

Que peut-il bien faire à cette heure avancée de la nuit ? Où peut-il bien être ? Ce ne sont là que les questions ordinaires qu'un amoureux transi se posent en l'absence de l'aimé. Dans la situation décrite, elles ont quelque chose d'incongru. D'indiscret. De quel droit est-ce que je m'arroge le privilège d'être inquiet du sort d'un homme pour qui je ne suis rien ? Même s'il est tout pour moi ? Cet envahissement de ma vie que la sienne chevauche n'est-il pas une dérogation qui m'autorise ce genre d'attitude : s'inquiéter pour l'autre aimé ?

( ... )

Il va me falloir être vigilant maintenant que le doute s'est immiscé dans l'écriture. Je vais devoir traquer l'univers virtuel où je l'ai rencontré, en quête de la moindre information susceptible de supposer l'existence de cet autre qu'il aimerait de façon réciproque. Errer de place en place, indiquées par la simple mention de son nom sur le moteur de recherche du P.C., afin d'y découvrir ce que je devrais redouter : son alter ego, le partenaire de ses joutes amoureuses, celui ou ceux-là dont il évoque le désir qu'ils suscitent en lui à maintes reprises dans ses récits. Mais l'autre nous appartient-il jamais ? Ne sommes-nous pas contraints d'affronter notre solitude ontologique alors même que nous partageons le cœur et la vie de celui qui a choisi de cheminer à nos côtés ? Plus ou moins longtemps.

( ... )

 


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R
émotion toujours ! c'est magnifique, j'en ai la chair de poule... je t'embrasse tendrement
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J
BONJOUR ANTONIO<br /> Cette Amour merveilleux qui te rend si heureux que tu sublime puisqu il est en toi au plus profond de ton être.<br /> Le rêve que tu garde pour toi et t aide a imaginer une vie pleine d amour et de respect et l espoir qu il devienne realiter ,nous avons tous se rêve qui nous aide à faire face au réaliter de notre quotidien.<br /> je t'embrasse très fort jeannette
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