MON DERNIER RECIT 16 (EXTRAIT)

Publié le par ANTONIO MANUEL

Aujourd'hui j'écris pour implorer le pardon de ma mère en raison du chagrin que mon comportement lui cause. Je l'ai bien entendu à l'inflexion de sa voix au téléphone. J'ai perçu l'inquiétude dans ses silences et dans ses mots. Un glissement, comme un fléchissement de la voix en direction des pleurs. Contenus. Sa douleur me fait bien plus mal qu'elle ne peut se l'imaginer. La faire souffrir contredirait l'amour que je lui porte. Incompatible avec la vénération qu'elle m'inspire. Pourquoi resterais-je presque une semaine chez moi, seul, sans argent, alors que je l'appelle trois fois par jour pour m'informer de sa santé, de ses faits et gestes, sinon pour lui éviter de me voir m'amoindrir chaque jour davantage et ne rien faire pour arrêter le processus mais au contraire diminuer encore ma ration alimentaire quotidienne pour l'accélérer ?

Sa peur m'effraie et son angoisse se communique à ma difficulté de vivre. Je ne devrais plus lui avouer ce que je ressens. Lui taire la colère déployée en moi comme une vierge folle, une sainte, un démon, une araignée, tranquille, tissant sa toile avec confiance et lentement persévérante. En moi, enfermée ainsi qu'elle l'a toujours été, mais par quelque chose réveillée. Et la voilà oeuvrant contre moi, contre l'inertie de ma vie, sa vacuité, mon sentiment d'être de moi-même dépossédé. Je sais qu'elle me tue. Qu'elle se prépare à m'absorber, m'ingurgiter, me digérer savamment comme savent le faire les araignées. Je suis impuissant face au projet mûri dans mon fort intérieur dont elle m'a confisqué la clef. Je reste au-dehors de moi-même, témoin de sa démence, de ce long calvaire qu'elle m'infligera bientôt, bien plus cruel que mon absence de raison et de forces pour vivre.

L'écriture alors me sera interdite et les phrases s'écriront dans ma tête si l'obsession ne s'est pas emparée d'elle dans sa totalité. Auquel cas, plus un mot de moi ne sortira. Je ne serai plus qu'une terre aride, le ventre d'une mère stérile, l'écho silencieux prolongé de moi-même.
(...)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Un jour, il y a des années, une psychiatre a dit à ma mère "elle vous remerciera plus tard" ; elle m'avait mis en HDT, et on en a reparlé récemment, je ne l'ai toujours pas remercier, je ne lui ai toujours pas dit mais elle m'a pardonné car j'étais très en colère envers elle, beaucoup de haine suite à cette hospitalisation forcée et sâche qu'elle m'a dit "tu m'as remercier à ta manière".<br /> Ta maman s'inquiète, ce qui normal, tu es le fruit de ses entrailles, les mamans comprennent... Bon week-end, je t'embrasse.
Répondre
J
bonsoir Antonio,<br /> <br /> Implorer le pardon de quelqu'un c'est beau, mais implorer le pardon de sa maman c'est une belle preuve d'humilité... Je suis un papa et je te dis : Bravo !<br /> <br /> JL
Répondre
R
les personnes que tu aimes sont toujours la et elle ne te jugent pas même si tu leur fais de la peine ; cette peine et cette humeur et ces mots qui te sont dictés par le traitement de ta maladie et tes médicaments ! aimes ceux qui t'aiment et qui te tendent la main sans les laisser dans l'incertitude et le silence ... qui ne te ressemblent pas . JE T EMBRASSE FORT SINCEREMENT AFFECTUEUSEMENT ET AMICALEMENT
Répondre
G
mon chere antonio ta maman t aime elle te pardonnera ne tkt pas c est une mere est elle ce fait bcp de souci pour toi je te souhaite aussi un tres bonne anniversaire je te fait plein plein de gros bisous <br /> tres tendremlent grenouil
Répondre
J
Bonjour Antonio<br /> Je te souhaite aujourd'hui particulièrement une journée pleine de surprise.<br /> Mais sache qu'une mère pardonne toujours son amour pour ses enfants est inépuisable et éternel. Et te voir souffrir lui fais certainement plus mal que ton comportement même si c'est la cause de vos souffrances<br /> Je t'embrasse affectueusement ainsi que ta Maman.Jeannette
Répondre