LA LAIDEUR

Publié le par ANTONIO MANUEL

« Qu’un grand artiste ou un grand écrivain s’empare de la laideur, instantanément il la transfigure, il en fait de la beauté. »

RODIN                                                                   

 

La laideur ce n’est pas seulement ce qui sur un plan esthétique déplaît, c’est ce qui évoque au fond de soi la monstruosité aussi bien physique que morale.

Le tabou, cet acte par lequel une réalité quotidienne passe dans l’orbe du sacré et du silence, de l’invisible, est l’apparence aveuglant celui qui aurait voulu la contempler malgré l’interdiction.

Est laide l’exclusion du cercle des vivants par la mort ou la maladie. Laide l’intolérance qui condamne et isole l’individu hors normes. Le racisme, la ségrégation, l’indifférence, la douleur, l’oppression, l’indigence, la peur, la rue, sans un toit pour recouvrer sa dignité, le recours à la mendicité, parce que plus aucune main ne se tend, le froid, l’insulte, la folie. La laideur est une pandémie qui défigure la race humaine. Un masque sous la peau pour la laisser paraître belle.

Dans le refoulement du sacré, le secret de la laideur est divulgué. Elle est ce monstre dans le noir de nos ténèbres inconscientes. La gifle reçue enfant, la vision d’une obscénité, les gestes envers soi déplacés, l’agression sexuelle de l’adulte, les mots de la terreur imposés, le rire dans son éclat brisé, le mythe de la candeur de l’enfance.

De la laideur le grand écrivain s’empare.  Peu importe ce qu’il en dit, que l’on partage son prédicat ou pas, qu’il soit moral ou ne le soit pas. Le fond est tout entier dans la forme dont il va revêtir la haine, la hideur de la monstruosité. L’importance est dans ce regard qui la montre, qui exhibe sous nos yeux le monstre, dans la peinture d’un champ de blé incendié de soleil, dans le jeu incessant de la lumière sur une lune d’eau ou bien dans la nudité d’un jeune homme assis, sur une étoffe aux plis moirés, les jambes repliées, le front sur les genoux, les bras entrecroisés, sur un rocher.

La beauté nous délivre de l’enfer clos de la laideur. L’artiste accède à la grandeur par le simple geste de nous permettre de la voir.

 

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B
Un commentaire peu orthodoxe de cette citation de Rodin. Mais c'était ce qu'on attendait de toi: t'éloigner des conventions, des bienséances, des discours râpés pour nous offrir tout le talent de ton originalité.
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J
Bonsoir très cher Antonio!La laideur est partout mais tu peux la transformer comme le dit RODIN dans ça citation,regarde le soleil sur ce tableau et la beauté de cette homme sur un rocher tu peux voir au-delà de la laideur.Je t'embrasse.
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