DERRIERE LA VITRE DU SILENCE II18

Publié le par ANTONIO MANUEL

 

J’avais rendez-vous vendredi matin à neuf heures avec ma gastro-entérologue. Elle me dit avoir discuté avec la spécialiste que j’avais vue à l’hôpital nord de Marseille, cette dernière lui ayant conseillé de commencer sans tarder le traitement par IMUREL, à condition que je me soumette aux fréquents bilans, sanguins et autres, et que j’accepte de subir une coloscopie tous les six mois. Je n’y voyais aucun inconvénient. Elle prit connaissance des résultats de l’analyse de sang et de ceux de l’ostéodensitométrie. Si l’ostéoporose manifeste qu’elle révélait, flagrante au niveau du rachis, la confortait dans sa décision de démarrer rapidement le nouveau traitement, en revanche, l’hémogramme l’inquiétait par le taux sanguin trop élevé des globules blancs qu’il mettait en évidence. Il fallait procéder à une nouvelle analyse de sang avant de débuter la mise sous immunosuppresseur, et réaliser, également, une exploration  ophtalmique approfondie, pour éliminer tout soupçon d’atteinte oculaire dont la corticothérapie serait responsable. Une fois ces précautions indispensables prises, l’attente serait environ de deux mois avant de savoir si mon organisme tolérait le médicament et s’il permettait l’arrêt de la cortisone.

Je lui fis part, tandis qu’elle m’auscultait et me demandait de mettre un terme à la diminution continue de mon poids, qu’elle constatait à chaque visite, de l’avis émis par le comité médical. Elle jugea scandaleux qu’il ait refusé ma demande de congé de longue durée, préférant prolonger l’octroi du congé de longue maladie de six mois supplémentaires à compter de la rentrée de septembre. Elle me raconta qu’un grand nombre de ses patients, contraints de prendre une dizaine de médicaments par jour, souffrant d’une pathologie très invalidante, se trouvaient dans la même situation que moi. Elle estima qu’il était grand temps que l’administration remît à jour la liste des maladies ouvrant droit à un congé de longue durée. Après quoi, elle rédigea un courrier pour l’ophtalmologiste et une prescription pour le bilan sanguin.

Elle me raccompagna à l’accueil où je me retrouvai seul avec la secrétaire. Elle attendait des précisions de ma part afin que les deux certificats médicaux, indispensables au dossier à fournir pour la nouvelle demande de prorogation de congé,  les six mois accordés arrivant à échéance le deux mars, soient conformes aux exigences de l’administration et à celles du comité médical. Les nouvelles données, concernant l’anémie et l’ostéoporose, ajoutées au précédent certificat destiné au gastro-entérologue désigné par l’Education Nationale, je sortis enfin du cabinet médical.

A six heures, le lendemain matin, le réveil sonnait. J’essayai de me doucher et de m’habiller le plus discrètement possible pour ne pas réveiller mon ami, en vain. Trois quart d’heures plus tard, je traversai la ville à jeun, dans l’air sec et froid. A sept heures quinze, une infirmière me demandait si je souffrais de maux de ventre. A sept heures et trente minutes, mon sang remplissait plusieurs flacons en attente d’analyse. Je pourrais passer au laboratoire dans la journée de lundi pour la récupérer.

Le week-end ne s’annonçait pas de tout repos. Je me promenai dans la ville, s’éveillant à peine du sommeil de la nuit, dans l’espoir d’accorder à mon ami, qui, je l’espérais, avait dû se rendormir, le bienfait de quelques minutes supplémentaires de repos. Je me sentais satisfait du devoir accompli. La veille, le dossier de demande de prorogation de congé avait été envoyé au lycée, qui le ferait suivre. Lundi, j’appellerais mon généraliste afin d’obtenir une prolongation de mon arrêt-maladie qui expirait à la fin de la semaine, afin que ma demande en cours, non immédiatement traitée, n’entraînât pas la suspension du versement des cinquante pour cent de mon salaire. Je contacterais mon ophtalmologiste, afin de tenter d’avancer la date de mon rendez-vous, prévu pour la fin mars. Et je continuerai d’espérer, en poursuivant la rédaction de la seconde partie de mon récit, une réponse favorable d’un éditeur. Pour l’heure, je résistai à l’odeur de pain frais et de croissant au beurre qu’exhalaient les boulangeries et achevai mon tour de la ville. J’avais faim mais mon ami avait décliné ma proposition de petit-déjeuner à base de pains au chocolat, de croissants et de pains aux raisins. Je me concentrai donc sur le substitut  de repas au caramel  que j’allais préparer dans mon shaker et grimpai prestement encore, la journée ne faisant que commencer, les deux étages jusqu’au studio.

Maintenant, je suis seul dans l’appartement. Mon ami est parti plus tôt qu’il n’en a l’habitude : demain matin, il doit se lever tôt et reprendre le rythme des cours quotidiens. Les vacances d’hiver sont terminées.

Je suis heureux car je pense qu’en septembre prochain, je reprendrai une vie normale. Un peu triste aussi, à l’idée que ces longues heures d’écriture ne me seront plus permises par la solitude et l’inactivité. La solitude  nécessaire à l’écriture qui y remédie, d’où l’importance de la création de ce lecteur virtuel impatient de lire le texte à venir. Ce lecteur virtuel que l’on désire tant voir s’incarner dans l’assurance que notre livre plaira, qu’il sera lu, qu’il aura été retenu par un éditeur…

Sur un site de psychanalyse en ligne, une psychothérapeute a répondu à ma question de savoir si l’on peut guérir de la boulimie ou de l’anorexie. Je reproduis ici le contenu exact de ce qu’elle a écrit, réponse d’ailleurs toujours disponible sur le site en question et lisible par n’importe quel visiteur intéressé par le sujet : « On ne guérit pas de sa mère, on l'accepte, on la comprend tout au plus, on l'intègre et la digère, on la défèque et la vomit enfin sur un divan, on accouche de sa mère en la douleur en rêve, puis on revit en...fin en ayant intégrer l'inacceptable... Jolie petite histoire... ».

A l’attention d’une lectrice du site, qui s’interrogeait sur l’hermétisme de cette réponse, aux yeux de quelqu’un à qui elle n’est pas destinée, et pensait ne pas avoir perçu un éventuel jeu de mots sous-jacent, elle ajouta : 

« Il n'y a pas de jeux de mots(…).
L'anorexie comme la boulimie est une prise de contrôle sous forme de révolte  (tournée vers soi ) qui traduit la plupart du temps une carence,  une douleur que l'enfant a perçu , et qui génère des troubles actifs dans des actes de manquement vis à vis de soi-même sous forme de mise à l'épreuve de soi.
On parle de mère nourricière... Lorsque le "lait" de la mère devient poison cruel, l'enfant le rejette ...et cela bien plus tard.
Nourrir un enfant ce n'est pas seulement le nourrir de son lait, c'est aussi le nourrir de paroles, de souhaits, de douleurs et de désirs inconscients... »

La dimension, à la fois très personnelle et théorique, de  cette brève interprétation, me subjugua. Je la remerciai de la clairvoyance dont elle avait fait preuve. Ses propos étaient évidemment pertinents. J’en éprouvai la véracité dans mon corps. Pourtant, je savais qu’ils ne changeaient rien pour moi, qu’ils ne remédieraient en aucune façon aux troubles du comportement alimentaire dont je souffrais. Elle avait dit juste. J’en avais d’autant plus la certitude que je l’avais toujours su, qu’elle ne m’apprenait rien, qu’elle avait simplement mis en mots des maux qui m’affectaient. Le problème précisément est que c’était elle qui avait procédé à la conversion de ma douleur de vivre en sa formulation linguistique. Cela rendait l’opération inefficace. Il eût fallu pour que la révélation parvînt à bouleverser mon être et transformât ma vie, que je fusse le parturient de cette vérité. Je l’avais obtenue par procuration, du fait même de mon impatience de la connaître. Elle me rendait, ainsi délivrée, stérile. J’étais orphelin de moi-même, dans l’éblouissement d’une révélation qui m’aveuglait.

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Z
vous pouvez toujours réver. Mais si le nombre (quantitatif) de lecteur suffit à remplir votre vie.... en fait, je lis pour voir jusqu'ou vous pouvez aller dans l'exibitionnisme de l'intime. Et vous êtes prof? j'espère que vous tenez à vos élèves un discours moins ampoulé !
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A
ZEPHIR,<br /> C'est avec grand plaisir que je vous compte désormais parmi le nombre croissant de mes fidèles lecteurs qui soutiennent par leur commentaires quotidiens ma démarche d'écriture.<br /> TRES CORDIALEMENT, ANTONIO MANUEL.
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R
je trouve toujours intéressant cette approche que tu as de la relation à la nourriture ! c'est toujours tres agréable à lire et merci pour toutes ses informations et tes écrits ! bien à toit et bon courage
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M
Bonsoir Antonio,<br /> Un petit coucou pour te dire que je suis passée sur le forum, je n'y ai laisser aucune trace de mon passage, car j'y ai trouvé les gens grossiers et ce genre de personnes ont le chic pour me taper sur les nerfs...<br /> Je connais le monde de l'édition, car mon père est retraité d'une importante imprimerie situer dans le Loiret, je sais combien ce monde peut être cruel, et qu'il n'est pas facile d'y faire sa place.<br /> Bon courage à toi !!<br /> Je te souhaite une bonne soirée, je t'embrasse.
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Z
et cette psy elle n'aurait pas indiqué aussi :<br /> - qu'elle avait toléré jusque là la publicité incessante pour votre blog, sur son site comme sur d'autre, mais que cela doit cesser,<br /> - que l'agressivité dont vous faites preuve à la moindre remarque sur cette pub ou sur le contenu de votre blog, la surprenait, à partir du moment ou c'est vous qui avez choisi de donner à voir?<br /> <br /> Le fil de discussion était très interessant (je l'ai trouvé en cherchant les sites sur lesquels vous "vendez" votre blog) : a priori, il y a des points que vous n'avez pas abordé dans votre propre analyse.<br /> <br /> Une remarque finale : faire la promotion d'un blog dans lequel vous étalez sans réserve vos tentatives de suicide, en citant nom de médicaments et autres, sur des forums consacrés aux troubles alimentaires fréquentés par de nombreux jeunes, c'est plus que déplacé, c'est inconscient.
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