DERRIERE LA VITRE DU SILENCE II12

Publié le par ANTONIO MANUEL

J’ai reçu hier la notification de la décision prise par le comité médical qui a statué sur mon cas.

 

Depuis septembre dernier, je bénéficiai de la perception de la totalité de mon salaire jusqu’à la fin du mois de novembre. J’avais, en effet, repris mon travail l’année dernière, après un arrêt pour longue maladie d’un an et demi : soit un an soumis à une rémunération à plein traitement et six mois à demi traitement.

 

La décision du comité médical intègre, dans les six nouveaux mois de congé accordé pour longue maladie et non pour maladie de longue durée, comme je l’avais demandé et espéré, la période comprise entre la date de la rentrée scolaire de 2007 et le deux mars 2008.

 

Stupeur à la lecture de l’avis émis par le comité médical ! Heureusement que j’étais chez moi en compagnie de mon ami qui m’a calmé car j’étais, à la fois sidéré et en colère devant cet avis que je ne comprenais pas. Devrais-je désormais rembourser à l’Education Nationale l’excédent des trois mois à plein traitement ? Pourquoi donc la demande d’octroi d’un congé de longue durée débutant en décembre, mois à partir duquel je n’étais plus payé que cinquante pour cent de mon salaire habituel, se transformait-elle en l’accord d’un congé de longue maladie de six mois rétroactif ? D’accord, ce congé de longue durée me permettait de bénéficier d’un arrêt de travail non imputable au service, contrairement, à l’arrêt de maladie ordinaire, mais il me contraindrait peut-être à rembourser les cinquante pour cent de mon salaire perçu, du fait même de cet avis, injustement, pendant trois mois ; en tous cas, il m’obligeait à envoyer une nouvelle demande de congé pour longue maladie de façon à pouvoir commencer mon nouveau traitement par immunosuppresseurs sereinement, et soigner mon anémie et mon ostéoporose. Je ne peux, d’un point de vue médical, reprendre mon travail le trois mars prochain…

 

Mon ami prit le temps de lire l’avis attentivement pour vérifier que j’en avais bien saisi le contenu et sa signification et comparer dans le détail les dates y figurant, récapitulant les congés déjà octroyés, avec celles mentionnées sur l’historique de mes congés envoyé par mon lycée. Tout y était exact. J’avais bien lu l’avis et en avait bien perçu le sens. Il ne me restait plus, puisque nous étions un samedi, qu’attendre le lundi suivant pour contacter l’Inspection Académique afin d’obtenir une réponse aux questions que je me posais, demeurées en suspens. Mais avant cela : demander conseil, ce lundi matin, à l’aube, à mon syndicat.

 

Cette vive contrariété venait de me couper l’appétit. Je n’avais plus la moindre envie d’aller débourser une somme que je ne possédais peut-être soudain plus au restaurant. Nous avions depuis plus d’une semaine décidé, mon ami et moi, de fêter la Saint Valentin, n’ayant pas pu le faire le jour même, ce samedi soir. Le matin même, je m’étais réveillé déprimé et irritable à l’idée de reprendre au moins deux kilos pour une nourriture que je ne souhaiterais, par conséquent, que vomir. Ce que je ne pourrais pas faire et cela me mit d’une humeur exécrable. Je n’osais faire part de mon état d’esprit à mon ami. J’avais déjà obtenu que nous nous rendions au restaurant pour le déjeuner plutôt que pour le dîner. Il avait accepté un peu à regret. A présent, je lui tenais rigueur de ce repas prévu et accepté avec joie le jour où nous l’avions décidé ! je refusais de prendre deux kilos, qu’il ne me faudrait pas moins d’une semaine pour perdre, alors que le refus, dont je venais de prendre connaissance, de l’octroi du congé pour maladie de longue durée que j’avais demandé, ne m’inspirait que l’envie de commencer une grève de la faim pour protester du sentiment d’être la victime d’une injustice. Ma santé s’était, en effet, dégradée au moment où j’avais formulé cette demande de congé. Elle ne cessait de s’aggraver depuis lors et on osait ne considérer mes souffrances et mes angoisses que seulement dignes d’un congé à demi traitement. J’étais malade et on me punissait de l’être en me privant de la moitié de mon salaire ! je ne pouvais pas accepter cela sans réagir. Je décidai de ne plus m’alimenter. J’allais commencer immédiatement. Cela tombait bien puisqu’en prévision du dîner commué en déjeuner, j’étais à jeun depuis mon réveil.

 

Je finis par implorer mon ami de supprimer le restaurant. Je me rendais compte q’il en était profondément peiné. Mais moi aussi,  je me faisais violence en me frustrant d’un plaisir que j’avais attendu pendant plus d’une semaine et à l’idée duquel je m’étais réjoui durant tout ce temps…Il prétexta le besoin de se rendre dans la salle de bains pour s’y réfugier et pleurer à mon insu. Je le remarquai à ses yeux rougis lorsqu’il en sortit. Je trouvai cruelle la déception que je lui imposais et pensai qu’il serait sans doute plus heureux avec un autre, que je n’avais pas le droit de lui imposer mes problèmes de santé physiques et psychologiques.

 

Je lui déclarai qu’il ne devait pas se sentir lié à moi par un pacte quelconque ; qu’il pouvait me quitter si notre relation était une source de souffrance pour lui au lieu d’illuminer sa vie. Je ne voulais pas que la pitié, ou un sentiment de culpabilité à mon égard, le poussât à rester avec moi. Il parut offensé par mes propos et m’assura qu’il n’en était rien, que nous irions en nous promenant jusqu’au supermarché et qu’il s’y choisirait ce qu’il aurait envie de manger pour le déjeuner. Quant à moi, je décidai de me contenter d’un substitut hyperprotéiné pour la journée et d’un fruit.

 

Lorsque nous nous étions rencontrés, j’avais repris le travail après mon arrêt de dix-huit mois accordé pour longue maladie. Je m’alimentais normalement, à la suite d’ un régime de plusieurs mois à cause d’une prise de dix kilos, consécutive à la forte dose de cortisone qu’avait nécessité une nouvelle poussée de recto-colite hémorragique ulcéreuse. J’ avais donc perdus ces dix kilos excédentaires, et menait une vie redevenue presque normale puisqu’avec l’aide de ma gastro-entérologue et de mon généraliste, j’étais parvenu à juguler cette poussée de la maladie et avait retrouvé, tout en diminuant la dose de cortisone, mon poids antérieur.  Bien sûr, je n’avais pas atteint un état de complète quiescence de la maladie puisque j’étais contraint de conserver une dose de cortisone tout de même, relativement, importante, en tous cas, qui n’était pas exempte d’effets secondaires certains et sérieux à plus ou moins longue échéance.

 

Je me trouvais ainsi à un tournant de ma vie. J’avais remédié à ’oisiveté, qui m’avait pesé peu après les premiers temps de ma poussée de recto-colite, en m’inscrivant au concours de l’agrégation et en travaillant à un rythme soutenu, compte tenu de la pathologie qui m’imposait la prise de nombreux médicaments, dont certains nuisaient à ma capacité de me concentrer et de retenir normalement le contenu, ardu et considérable, du programme de ce très difficile concours. Un garçon rencontré au début de mon congé perdit, lors d’un repérage du lieu où devait se dérouler le concours une semaine plus tard, le dossier contenant la confirmation officielle de mon inscription audit concours et toutes les pièces indispensables pour pouvoir m’y présenter. Je fus à la fois extrêmement déçu, car j’avais fourni des efforts très importants durant des mois pour mettre de mon côté toutes les chances d’obtenir cette promotion professionnelle prestigieuse, et soulagé, à l’idée qu’il me devenait impossible d’échouer puisque je ne le passerai pas, indépendamment de ma volonté.

J’avais repris les cours au lycée en mars, résigné à ne pas gagner plus d’argent, grâce à l’obtention du concours, pour trois heures de travail en moins…Et j’avais rencontré mon ami actuel. Je fus séduit par son physique avantageux, le fait que nous partagions la même profession, sa disponibilité, sa gentillesse et son extrême sollicitude envers moi. Il était cultivé et cela m’était agréable de pouvoir converser intelligemment avec lui, après une année passée en compagnie du jeune homme qui avait perdu mon dossier, à explorer tous les magasins de décoration à bas prix et les hypermarchés de la région, sans compter la visite de l’usine de bonbons HARIBO pour laquelle il fit un caprice et, ayant entamé mon régime, où je me sentis affreusement frustré toute la journée en le regardant avaler  les poignées de friandises offertes aux visiteurs, payants, de l’usine.  
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D
Cher Antonio Manuel,<br /> Tu trouveras la solution, elle existe forcément, il faut des fois juste lire entre les lignes.<br /> <br /> J'ai lu ton message sur mon blog, j'espère que tu auras du soutien par ceux qui passent sur mon espace de recherches. Tu connais aussi mon mail, je suis là si tu as besoin de parler. <br /> Merci de me donner de tes nouvelles.<br /> Que la nuit t'aide à y voir plus clair. Fais attention à toi, et aime ton ami, il t'aime si fort ! Aime le fort, très fort.
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C
Garde courage, ne baisse pas les bras, je t'envoie plein plein d'ondes positives pour que tu tiennes le coup et que tu te battes. Garde espoir, tout peut s'arranger et nous sommes tous là pour t'aider du mieux qu'on le peut. je te fais de gros bisous tant que je suis connectée parce que je ne sais pas si ça va durer, j'ai des problèmes avec internet et le téléphone en ce moment. J'espère te lire encore et encore et que ton moral ira mieux.
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J
Cher ANTONIO!Mais que font les médecins devant ta maladie pour ne pas convaincre le comité médical.tu souffre déjà sufisament comme ça sans avoir en plus des soucis matériels.Tu as plein de personnes autour de toi qui t'aime je ne vois que cette façon pour t'aider et tu connais l'affection que j'ai pour toi j'irai demain mettre uncierge et faire une prière comme j'ai l'habitude.Je t'embrasse tres fort JEANNETTE
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M
Tu nous as fait faire un saut dans le temps car sauf erreur de ma part tu nous part de ce we...<br /> Je suis très partagée par ce que je viens de lire, partager entre joie et peur...<br /> Peur car j'ai la sensation que tu jettes l'éponge, que tu refuse de battre, hors la vie est un combat, et tu es fort malgré ce que tu pourrais croire et beaucoup de gens t'apprécient et tienne à toi alors s'il te plait, mon ami, alimente toi, ne baisse pas les bas et bats toi, tu ne dois pas être le seul dans ce cas, renseigne toi... Il y a des solutions pour chaque problème je te le jure, elles sont juste parfois dure à trouver...<br /> Joie car tu parle de ton "petit" ami, de mon ami celui par qui j'ai eu la chance de te connaitre avant même que tu te manifeste chez moi ...<br /> Je sais que la vie est compliquée pour vous et ceux dans différents domaines mais je te rassure, elle ne me fait pas de cadeau non plus, j'ai juste décider de lui tenir tête, alors viens je te montre comment faire ok ??<br /> Douce nuit à toi.<br /> Je t'embrasse et je t'en prie, prends soin de toi.<br /> Douces bises.
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